Mes collines du Diable par Mathilde

Direction Cahors, le Lot, le Sud-Ouest. Mon chez-moi, là où j’ai mes racines et peut être le plus important, là où j’ai commencé à enfiler des baskets et à les traîner sur des sentiers.

Le Lot c’est un département atypique, coincé entre les Aveyronnais et les cantalous à l’est, les corréziens au Nord, la Dordogne et les lot-et-garonnais à l’ouest, les tarnais et tarn-et-garonnais au sud. Nous avons l’habitude de nous situer « au nord de Toulouse et à l’est de Bordeaux », pour ne pas trop perdre nos interlocuteurs.

Alors oui deux heures de voiture nous séparent de deux merveilleuses villes que sont la ville rose et la ville océane. Mais le Lot, c’est quand même quelque chose, une terre composée de merveille aux quatre coins du département dont on aime se rappeler qu’elles viennent de chez nous : Rocamadour, le Pont Valentré, Montcuq (oui oui), le vin de Cahors, les truffes de Lalbenque, St Cirq-Lapopie, Figeac, Cajarc et bien d’autres encore…

Même si je ne suis pas ici pour vous faire un épisode de Des Racines et Des Ailes, vous vous en doutez bien, je souhaitais rendre hommage à ce petit département que je découvre encore un peu plus tous les jours depuis presque 25 ans. Et en plus, c’est une terre de trail avec pleins de courses sympas, pas trop chères, qui nous font découvrir vallées, causses, spots de folie, bières locales (le plus important) et émotions fortes.

Entre le trail du Malbec, le trail de l’Aqueduc, le trail du Facteur, le trail des Fontaines, Vignes et Château et tout ce que j’oublie, nous sommes servis. Et tant qu’à y être, je vais vous raconter aujourd’hui ma formidable aventure au Trail des Collines du Diable, à Cahors.

Les Collines du Diable c’est un rendez-vous incontournable chez nous, mais aussi pour toute la planète trail, puisque qu’il est rentré en 2018, dans le palmarès des « 100 trails à faire une fois dans sa vie » selon Nature Trail Mag. Bon, en bon chauvin que nous sommes, nous n’en doutions pas, mais c’est toujours gratifiant…

Ce-trail-trop-genialissime se situe donc à Cahors, et pour ceux qui ne le savaient pas, Cahors s’est édifié dans la vallée du Lot, entourée de collines, qui font le bonheur de nos cuissots : le Mont Saint-Cyr et la Croix Magne. De ces promontoires, il est possible d’avoir une vue à couper le souffle sur la cité cadurcienne ainsi que sur le Pont Valentré, où un petit diablotin est accroché aux parois depuis des siècles.

Venons-en au fait, dimanche 24 février 2019, 6H30, je me prépare à affronter la version courte de cette course qui me fait quand même peur.

La dernière course en compétition s’est mal passée : erreur de balisage de nuit, moral dans les chaussettes, le genou qui déboîte dans un dévers et zéro cardio. Je me suis même entendu dire que j’allais arrêter la course à pied tellement j’étais déçue de moi.

C’est la première fois que je passais une ligne d’arrivée avec une aussi piètre opinion de moi-même, j’ai même failli faire une croix sur Les Collines. Mais j’avais promis à ma meilleure amie d’être là et elle revenait de son Auvergne d’adoption pour ça, interdit de la décevoir.

En plus, cette folle s’était inscrite sur la version longue, un bon 25K des familles, alors j’ai serré les dents durant les 4 semaines qui me séparaient du deuxième objectif de la « saison » (comprendre de mon année-de-sportive-du-dimanche-qui-se-fixe-des-objectifs-un-peu-ambitieux-aux-vues-de-ses-non-préparations).

La chance était avec nous puisqu’un soleil digne d’un dimanche sous les tropiques a pointé le bout de son nez et ne nous a pas quittés toute la journée durant.

J’avais prévu de voir le départ de Justine alors POUR UNE FOIS je suis arrivée tôt, histoire de ne pas prendre le départ 30 secondes après le départ comme il m’est arrivé une fois de le faire. Même si ça me fait bien rire aujourd’hui, c’était une situation assez délicate pour mon pauvre petit cardio, à ne pas reproduire chez soi, sous peine d’être ridicule auprès des participants des formats qui s’élancent après toi et de se cramer les guiboles, cuissots, et l’espoir de faire un truc pas trop dégueulasse.

Bref cette fois-ci, j’ai pu encourager, goûter à l’ambiance du départ, retrouver ma copine Sophie (dont c’était la première course, big up à toi) et enfin partir… en queue de peloton, pour être arrêtée dans la première difficulté : la Côte des Ânes.

Le fameux effet entonnoir : 300 imbéciles heureux se précipitant sur un single track, forcément ça fait embouteillage. Mais ce n’est pas grave, il fait beau, bon et on commence à grimper fort sur les hauteurs de Cahors. Et puis la balade se termine et il est temps de rentrer dans les choses sérieuses et de couriiiiir. Le bonheur, nous sommes sur le Causse, pas loin du Mont Saint-Cyr, il y a des cailloux, des petites traces, des légères bosses, je commence à doubler dès que je le peux. Et nous attaquons la redescente vers Cahors, je me suis calée devant deux filles qui courent pour l’instant à mon rythme, ça m’aide à me réguler.

C’est aussi la première fois depuis bien longtemps que je n’avais pas couru seule en compétition. D’habitude je suis toujours avec mon binôme préféré, qui m’aide autant moralement que physiquement. Mais là, je suis seule, c’est une sensation bizarre mais plutôt agréable, je suis motivée et rien ne m’arrêtera sur cette course (sauf si mes jambes se décident de se mettre en mode PLS).

La descente est un peu technique et glissante, je ne suis pas des plus rassurée mais elle est aussi, dieu merci, assez courte alors je me tiens à tout ce que je trouve : branches, racines, et même à la terre pour éviter le rouler-bouler jusque dans le Lot…

Nous voilà revenus sur du plat, sur une portion que je connais bien pour y passer souvent en voiture, il y a un peu de monde pour nous encourager, c’est bon esprit et plutôt agréable. Je passe le premier ravito, me rafraichit avec un verre d’eau, le soleil commence à taper mais tout va bien. Jusqu’à ce que je comprenne que la deuxième ascension se profile et qu’il s’agit de la Croix Magne. Je me cale derrière un monsieur équipé de bâtons et qui pratique certainement la marche nordique. Il donne un bon rythme dans les lacets qui montent jusqu’au sommet. Cette ascension est courte heureusement et une fois passée les pentes, il est temps de redescendre et là c’est OPEN CUISSOTS dans la redescente. Une régalade, j’en profite pour doubler un petit peu (je vais peut-être casser le suspense mais non, je n’ai pas fait une remontada de folie pour aller faire un podium).

Il est l’heure du passage super émouvant : le passage sur le Pont Valentré, notre Golden Gate Bridge à nous. Des petits diablotins nous attendent au détour d’un pilier pour nous faire peur, les photographes nous prennent en photo… Mais ce passage se finit rapidement et commence la longue traversée du désert : du PLAT. Je n’aurai jamais imaginé dire ça un jour, mais j’ai détesté ce plat, cette surface lisse vierge de tout D+, le long du Lot, qui a mis mon mental à rude épreuve. Peut-être aurais-je attrapé le virus du trail ?

Les jambes ont commencé à se faire lourdes, j’ai douté quelques minutes, il me restait une ascension avant l’arrivée et j’ai eu peur. J’ai commencé à marcher quelques mètres avant les escaliers de la mort, histoire de reprendre mes esprits. Et contre toute attente, j’ai retrouvé mes fonctions premières de déplacement et j’ai commencé à avaler les marches nous menant au Mont Saint-Cyr. Le mec ou la nana qui a décidé que ça pouvait être une bonne idée de mettre des marches à cet endroit devrait y faire une séance de fractionné une fois par jour pour comprendre que ce n’était pas forcément la bonne trouvaille.

Quelle satisfaction par contre d’arriver au sommet, bien récompensé par un petit ravito des familles. Là j’ai compris que la course était quasiment pliée alors j’ai profité de manger un peu, boire, profiter de la vue (je vous l’ai déjà dit que la vue depuis le Mont Saint-Cyr était grandiose ? Non parce que vraiment…).

C’est partie pour une redescente tranquille vers l’arrivée même si c’était sans compter le passage ligne droite sur l’ancienne voie ferrée où, la fatigue n’aidant pas, j’ai failli me rétamer bien comme il faut sur une vieille latte en bois. Les derniers mètres ont été plein d’émotion, d’être finisher, de ne pas arriver en PLS, d’avoir le sourire, de boire une bière, de goûter à la soupe à l’oignon du père Jeannot, de s’émerveiller devant le ravito de folie amené par une amie (chocolatine et saucisson sont forcément une bonne idée) et puis d’aller chercher Justine, sur la voie ferrée pour l’amener vers son exploit, être son petit lièvre pour l’amener vers l’arche d’arrivée et verser quelques larmes chacune dans les bras l’une de l’autre. C’est ça le trail : de l’émotion, des paysages de folie, et l’envie folle de recommencer encore et encore…

Et toi quand est-ce que tu viens courir chez nous ? Je t’ai déjà dit que nous étions dans un département de trail ? 😉

Mathilde lors du Trail Les Collines du Diable à Cahors

Mathilde – @locachiquiiiita_on_track – rédacteur bénévole et membre de runagora.

3 réponses sur “Mes collines du Diable par Mathilde”

  1. Super témoignage et quelle belle expérience pour toi Mathilde.
    Je ne suis qu’un débutant pour ma part mais l’idée est d’aller toujours plus loin et toujours plus haut et découvrir de nouveaux paysages
    Bravo Mathilde

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