Préparation d’un trail lorsqu’on vit dans des zones à faibles dénivelés par Antoine

Préparer un trail lorsqu’on vit à Lille.

Quand on vit au milieu du plat pays et qu’on veut préparer un trail on peut passer pour un fou parce que devenir un trailer en vivant dans les hauts de France il n’y a rien de « naturel » à première vue. Alors en plus de cela si l’envie de prendre sa voiture pour faire des kilomètres afin de trouver des spots d’entraînement n’est pas là…les choses ne sont pas simples quand on vit à Lille.

La pratique de ce sport est un peu antinomique avec la combustion de dizaine de litres de carburant pour se rendre dans des endroits vallonnés. Faire du trail c’est aussi vouloir se sentir plus proche de la nature, s’éloigner du « joli » goudron des villes, passer à une autre vision de la pratique de la course à pied que celle qui était la mienne jusque-là.

Pour commencer il y a donc l’envie de fuir le bitume d’une part, et de trouver du dénivelé d’autre part. La première envie est assez facile à satisfaire, pour la seconde, c’est moins évident.

A Lille, 2 parcs pour s’essayer aux sorties trail.

Trouver un revêtement moins traumatisant que le bitume est assez simple. Les lilloises et les lillois disposent de deux principaux parcs. Le plus emblématique est celui de la Citadelle quasiment au centre de Lille. Il y a toujours des runners et des trailers à la Citadelle. Normal, il y a de quoi faire au niveau des chemins variés. Le second est le parc du Héron et son fameux lac très connu des habitants de la métropole. Comme à la Citadelle, les chemins sont variés et le tour du lac amène un petit plus avec un côté encore plus nature que la Citadelle. Les terrains souples sont donc bien là mais les dénivelés sont « faibles » et surtout répétitifs. À la citadelle, il faut accepter d’enchaîner des montées sèches sur les remparts, au lac les ascensions peuvent être plus variées.

Quel que soit le lieu, pour cumuler du D+ il faut avoir « envie » de répéter les mêmes montées qui au maximum font gagner 10m. Il n’est donc pas simple de trouver de quoi accumuler du D+ facilement. Niveau difficulté rien de trop technique au lac du Héron contrairement aux remparts qui peuvent vite devenir piégeux. En effet, la végétation ayant pris possession du site, certaines descentes, aussi courtes soient-elles, réservent des enchaînements de racines qui rendent tout cela assez technique.

Même avec tout cela faire une sortie avec un gros D+ sur 15-20km n’est pas évident voire irréalisable. Il faut surtout avoir une bonne dose de courage et un bon mental quand pendant la sortie les seuils de dénivelés ne vous font vibrer la montre que rarement. « Super j’ai fait une sortie de 19km !!!! ah je suis à moins de 200D+… ». On est très loin des sites d’entraînements d’un Kilian Jornet ou de François D’Haene aperçus sur Instagram. A Lille, les fjords Norvégiens ou les coteaux du Beaujolais ce n’est pas trop notre paysage.

Du coup pour préparer un trail en vivant ici il n’y a pas 36 solutions en restant sur la métropole lilloise. Il y en a deux et clairement on n’est pas dans l’esprit du sport ou en tout cas pas vraiment.

La première c’est de courir sur tapis dans une salle. Et là je vois d’ici la tête de certain(e)s qui refusent ce genre de pratique. Mais que voulez-vous, quand les conditions vous manquent il faut savoir faire des concessions. Surtout quand vous vous préparez sans véritable plan d’entraînement si ce n’est de faire 40km, 1000D+ et une sortie longue par semaine comme moi. Alors me voilà inscrit dans une salle. Dans un premier temps, je payais à la séance mais me suis vite abonné quand je me suis aperçu que ce n’était pas rentable financièrement. Attention choc des cultures avec la plupart des personnes qui y vont. Le midi je suis le seul, ou presque, avec cette envie de me faire entre 300 et 500m D+ sur 40 minutes pendant ma pause déjeuner. J’ai vite eu le sentiment de passer pour le fou qui vérifie que l’inclinaison fonctionne bien en choisissant un tapis. Puis de rapidement le mettre quasiment au max et de courir !!! Parce qu’autour de moi il n’y avait personne à 12 ou 15% d’inclinaison qui courait. La marche sur tapis à cette inclinaison oui mais la course très peu entre 12h et 14h. Par contre, le soir on se sent moins « seul » ; et on peut alors croiser d’autres trailers en manque de dénivelé naturel. En soirée, il m’arrive de voir débarquer des sportifs avec des chaussures un peu spécifiques, des tee-shirts de finisher de trail de la région et même une fois un trailer revêtant mon graal de l’ultra-trail : celui de « finisher UTMB ». Et là tout de suite le mec ne rigole pas et tu te sens tout petit. Là où perso je vais progressivement sur l’inclinaison pendant les 2 premiers kilomètres, lui ne cherche pas trop à comprendre, bon en même temps il a le niveau pour finir un UTMB… Donc direct c’est inclinaison 10% et en courant à 10-11km/h sans phase de marche. Une fois l’échauffement terminé c’est 15%. Et là moi avec ma petite session où j’alterne du 10km/h et de la marche à 5.5km/h sur du 10 et 12% je me sens tout petit. Je me dis qu’en ayant fait 400D+ sur mon heure à la salle je suis loin du niveau…

La deuxième solution c’est d’aller finalement en voiture vers les spots de trail en dehors de Lille. Alors là impossible pour moi de vous en parler car je n’ai pas encore eu le temps de m’y rendre. Je sais juste qu’il y a de quoi faire mais toujours en acceptant de faire très souvent les mêmes côtes. On a deux types de relief dans notre belle région, il y a les monts de Flandres réputés pour dominer le plat pays et il y a aussi les terrils. Ces monts non-naturels ont été créés lors de l’exploitation minière avec les déchêts du charbon. Du coup aujourd’hui ils servent de lieux d’entraînement à beaucoup de trailers de la région.

Une fois les 30km du trail de la Woluwe à Bruxelles bouclés en un peu plus de 2h30 (1 point UTMB à la clé) j’ai réussi à « analyser » ma façon de m’entraîner au trail dans le nord de la France.

Première chose : le tapis à défaut d’autre chose ça donne des résultats…mais c’est compliqué en descente. 3% maxi en descente avec le tapis ça amène un vrai handicap parce le corps n’est pas habitué à ça. En montée je me sentais bien… Il y a les appuis aussi, les chevilles ne sont pas sollicitées sur le magnifique tapis tout plat. Alors il peut y avoir de la casse par défaut de sollicitation à l’entrainement.

Deuxième chose : j’ai tout simplement fait des sorties longues pas assez longues car dans mon esprit je devais les faire en mode trail absolu. Finalement à être sur de la sortie moyenne niveau distance les 30km ont été bouclés avec une petite faiblesse mentale sur les 7-8 derniers kilomètres.

Dernière chose : je l’ai lu dans un magasin et je le confirme, nous les « trailers » du plat pays nous n’avons pas des conditions extraordinaires pour nous entraîner mais nous forgeons notre mental là-dessus. Il faut avoir l’envie de se taper du tapis, des montées ultra courtes. Pendant ma préparation, j’ai eu l’occasion d’aller en Alsace et de monter au mont Sainte-Odile. Là il y a une vraie différence, faire du dénivelé devient « facile » parce que le paysage le permet. Pas besoin de salle de sport pour ça.

Et pour terminer il ne faut pas oublier que le plus célèbre trailer français est né à….Lille. Ok il ne vit plus par chez nous depuis longtemps mais il est bel et bien lillois. Alors, qui sait, peut-être avons-nous finalement une prédisposition à ce sport malgré des conditions naturelles plutôt défavorables.

 

Antoine – @toinerunner – rédacteur bénévole et membre de runagora.